Langue

Dark Mode
Article accepté · ICNLSP 2026·Évalué par les pairs

Cadrage par les mots, cadrage par la sélection

Un média cadre deux fois : une première fois quand il décide de traiter un sujet, une seconde quand il décide de la formulation. Cet audit mesure les deux séparément sur 902 111 titres de 25 médias français, 2022–2025.

Par Amr Sobhy

Communication orale · Trente, septembre 2026

La plupart des tentatives de noter une rédaction produisent un seul chiffre, qui mélange ces deux décisions. Les séparer change le portrait d’environ la moitié du panel — et montre que les titres français se sont sensiblement durcis en quatre ans, sans que la composition des sujets n’ait beaucoup bougé.

Année
2026
Conférence
ICNLSP 2026
Communication orale · Trente, septembre 2026
Domaine de recherche
Cadrage médiatique, Communication politique, Médias français, Journalisme computationnel
Lire l’articleLa carteDonnées et code
902 111
titres, 25 médias nationaux français, 2022–2025
2
dimensions mesurées séparément : la formulation et la sélection des sujets
31.8% → 37.4%
des titres portant un procédé de formulation, de 2022 à 2025, composition des sujets tenue constante
40%
de l’écart entre médias sur une dimension que l’autre n’explique pas

Deux décisions, pas une

Chaque sujet suppose deux choix. Le traiter ou non — un média qui ouvre sur les faits divers trois jours sur cinq a cadré le pays avant le premier adjectif. Et la formulation : « Les migrants envahissent la Manche » et « Des migrants traversent la Manche » rapportent la même traversée.

Les deux relèvent du cadrage. Les deux se retrouvent d’ordinaire fondus dans un score unique, incapable de les distinguer. Un média au vocabulaire sobre sur un agenda concentré sur la criminalité et un média à l’agenda large mais au vocabulaire virulent aboutissent au même point, par des chemins opposés.

Le Point et Le Parisien formulent leurs titres avec la même intensité — un procédé apparaît dans 40,2 % et 40,3 % des cas. Sur l’autre axe, ils n’ont rien à voir : 43,8 % des titres du Parisien relèvent du fait divers, du conflit, du scandale ou de la crise, contre 29,3 % pour Le Point.
Le cas miroir : Les Echos formulent 24,2 % de leurs titres avec un procédé contre 29,9 % pour BFMTV, qui formule donc un peu plus fort. Mais 40,8 % des titres de BFMTV relèvent de sujets à forte charge, contre 10,4 % pour Les Echos — quatre fois plus.
0%18%35%53%71%89%0%16%31%47%63%78%Headlines carrying a wording device (%)Headlines that are high-charge story forms (%)Le ParisienOuest-FranceBFMTVLes EchosLe PointCauseur
Distinctifs sur les deuxFormulation distinctiveAgenda distinctifProches de la moyenne du panelPoint size: headlines behind the estimate

Chaque point est un média. En abscisse : part des titres portant un procédé de formulation. En ordonnée : part relevant de sujets à forte charge. La diagonale marque l’égalité des deux.

Sur l’ensemble des 25 médias, les deux taux sont corrélés : qui formule fort sélectionne fort. Mais l’écart entre les deux va de −11 points chez BFMTV à +29 chez Causeur. Un seul chiffre par média, c’est se placer quelque part dans cette fourchette sans dire où.

Ce qui est compté

La mesure de formulation cherche trois procédés, définis de sorte qu’une réécriture neutre du même événement les ferait disparaître. La mesure de sélection classe l’action journalistique que rapporte un titre, en dix catégories.

Vocabulaire chargé

Formulation à forte charge dont la paraphrase neutre préserve l’événement

« Covid : comment le vaccin d’AstraZeneca est devenu le mal aimé »

Les Echos

Attribution de responsabilité

Formulation qui impute un résultat négatif à un acteur nommé

« Martinique : un cadre de Groupama sera jugé pour insultes racistes »

Le Figaro

Cadrage de menace

Formulation qui présente un événement comme danger, invasion, crise ou risque sécuritaire

« Les stations de ski des Pyrénées sont en danger, pour la Cour des comptes »

Le HuffPost

Aucun de ces trois titres ne porte sur un enjeu politique disputé. Ce sont des motifs de formulation, pas un détecteur de politique.

Deux champs supplémentaires

Titres interrogatifs. Les données publiées nomment ce champ rhetorical_question, mais le guide d’annotation demande aux codeurs de marquer tout titre contenant un point d’interrogation, en leur disant explicitement de ne pas juger si la question est rhétorique. C’est donc proche d’un décompte de ponctuation. Un taux élevé signifie qu’un média écrit des questions, pas qu’il insinue.

Nous/eux. Opposition explicite entre groupe d’appartenance et groupe adverse. C’est le champ sur lequel les annotateurs s’accordent le moins des cinq, et il passe sous le seuil de précision fixé à l’avance.

Les deux figurent dans les données publiées et dans les profils par média ci-dessous. Aucun résultat de cette page ne repose sur l’un ou l’autre.

Forme du sujet

La sélection se mesure par ce qu’un titre rapporte comme événement, non par son thème : POLICY, PARLIAMENT, CONFLICT, CRIME, SCANDAL, ELITE, SOCIAL, LAW, ELECTIONS, OTHER.

« Immigration : vers plus de contrôle des mariages des personnes étrangères en situation irrégulière » relève de POLICY. « Naufrage de migrants dans la Manche : quatre personnes mises en examen » relève de CRIME. Même thème, action journalistique différente — c’est précisément l’écart qu’un modèle thématique manque.

Un titre est mesuré isolément, ce qui correspond à la manière dont la plupart des lecteurs le rencontrent. Cela signifie aussi que la mesure ne voit pas le contexte qui en changerait la lecture. La citation, l’ironie et la responsabilité imputée par une source plutôt que par le média sont souvent irrécupérables. Une formulation chargée entre guillemets est comptée, car depuis le titre seul on ne peut pas trancher à qui appartient la formulation.

D’où viennent les étiquettes

Un jeu d’entraînement de 10 000 titres a été annoté par trois modèles de langue de familles différentes, chaque étiquette étant fixée à la majorité des deux tiers. Là où les trois divergeaient sur la forme du sujet — 642 titres — un humain a tranché. Les modèles ne sont pas traités comme vérité de terrain : ils partagent un pré-entraînement, donc ils peuvent partager une erreur, et le vote majoritaire la masquerait.

Le contrôle est externe. Deux annotatrices sans lien avec le projet ont réannoté un échantillon réservé de 499 titres à partir d’un guide écrit, sans voir aucune sortie de modèle.

Sur 232 de ces 499 titres — 46,5 % — les deux annotatrices ont divergé sur au moins un procédé. Ce n’est pas un échec des annotatrices : c’est la taille du jugement demandé. Toutes deux lisent « Violences urbaines : 243 établissements scolaires dégradés » comme un cadrage de menace, et se séparent sur le point de savoir si violences urbaines relève en soi du vocabulaire chargé. Toutes deux lisent « Le Pen revendique un parti "professionnalisé" » comme un compte rendu factuel ; l’une entend les guillemets comme ironiques, l’autre non.
ChampEntre les deux annotatrices (κ)Humains vs modèles (κ)
Cadrage de menace.613.668
Attribution de responsabilité.601.718
Vocabulaire chargé.542.608
Interrogatifsupplementary.894.869
Nous/euxsupplementary.510.596

Le classifieur est réglé pour attraper les procédés plutôt que pour en être sûr : le rappel est élevé, la précision plus basse. Tous les taux de cette page sont donc des bornes supérieures. Deux champs — vocabulaire chargé et nous/eux — passent sous les seuils de précision fixés avant l’observation des résultats.

Deux des trois modèles ont été publiés pendant ou après la période qu’ils annotaient. Une comparaison stratifiée par période ne montre aucun signe de contamination : l’accord entre modèles est stable ou légèrement plus faible sur la période récente, l’inverse de ce que produirait une contamination. Ce test ne peut pas blanchir des grappes d’événements précises — Israël/Gaza à partir d’octobre 2023, les législatives de juin 2024. Qui a besoin d’étiquettes non contaminées sur ces sujets doit utiliser l’échantillon de 499 titres annoté par des humains, publié intégralement.

Quatre ans

L’audit couvre 2022 à 2025, et les quatre années ne se ressemblent pas.

En 2022, 31,8 % des titres de ce corpus portaient au moins un procédé de formulation. En 2025, 37,4 %, à composition constante en médias, rubriques et sujets. Soit une hausse d’environ un cinquième, sur 902 111 titres.

L’explication évidente serait que l’actualité a empiré — plus de faits divers, plus de conflits, plus de ces types de sujets qui appellent une langue chargée. Comme les deux dimensions sont mesurées séparément, cette explication se teste directement, et elle n’en rend compte que marginalement.

Avant de tenir la composition constante, la hausse brute est de 6,3 points, et elle se décompose : environ 1,2 point vient du changement de composition des sujets et environ 4,9 du fait que les mêmes types de sujets sont formulés plus fortement. La couverture des faits divers a bien augmenté, de 12,5 % des titres à 15,7 %. Mais le mouvement principal est sur l’autre axe, et il apparaît à l’intérieur de presque toutes les catégories de sujets.

0%10%20%30%40%2022202320242025

2022: 31.8% → 2025: 37.4% standardised. Of the 6.3-point raw rise, 4.9 points come from wording and 1.2 from the mix of stories.

Part mensuelle des titres portant un procédé de formulation, et part relevant de sujets à forte charge. Une montée régulière, pas un pic : retirer les fenêtres octobre–décembre 2023 et juin–juillet 2024 ne change rien.

Vingt-trois des vingt-cinq médias sont en hausse. Ce n’est pas une histoire de marges : Fdesouche, déjà le média le plus chargé à 71,5 %, ne bouge que de 1,3 point faute de place. Les gros mouvements sont au centre du panel — Le Figaro +8,9 points, Le Parisien +10,3, CNews +11,9, Le Point +12,5.

Le même classifieur note les quatre années : il ne peut donc pas dériver. Il ne peut pas non plus distinguer une rédaction qui change de style maison d’une rédaction qui couvre quatre années appelant une langue plus forte. Tenir la composition des sujets constante contrôle la catégorie d’un événement, pas son intensité — une guerre et un sommet relèvent tous deux de CONFLICT.

Chaque taux est une borne supérieure : le niveau est donc moins fiable que l’évolution ; les deux années sont estimées de la même façon, ce qui rend la comparaison pertinente. Quatre ans est une série courte, et il s’agit d’un audit de titres — savoir si le corps des articles a bougé de la même manière lui échappe.

La carte

Vingt-cinq médias, placés selon l’écart de leur formulation à la moyenne du corpus et l’écart de leur composition de sujets.

Le centre de cette carte est la moyenne de la presse française, pas un journalisme neutre. Les deux axes mesurent l’écart à ce qu’ont fait en moyenne ces 25 médias, dans trois rubriques, entre 2022 et 2025. Un média proche de l’origine est typique de ce panel — pas dénué de cadrage. Un média éloigné est atypique par rapport à ces 25 — pas biaisé. Changez le panel et toutes les positions bougent.
-0.0180.0190.0550.0920.1290.165-0.0060.0070.0190.0320.0440.057Wording divergence from the corpus averageStory-selection divergence from the corpus averageLe FigaroOuest-FranceTF1 INFOJDDFdesoucheMarianneSlate.frCauseur
Distinctifs sur les deuxFormulation distinctiveAgenda distinctifProches de la moyenne du panelPoint size: headlines behind the estimate

La taille des points indique le nombre de titres derrière l’estimation. Les quadrants sont des partages à la médiane et une aide à la lecture ; les frontières sont souples et plusieurs médias s’en approchent. Les deux axes sont calculés sur des nombres de catégories différents et ne sont pas comparables en magnitude — à lire comme des rangs à l’intérieur d’un axe.

Quatre médias qui font la démonstration

La plupart des médias se tiennent près de la diagonale. Ceux qui s’en écartent expliquent pourquoi mesurer les deux en vaut la peine.

Marianne : langue chargée, rhétorique ordinaire

Marianne emploie une formulation chargée plus souvent que presque tous les autres — vocabulaire chargé dans 41,9 % des titres contre 17,0 % pour le corpus, un procédé quelconque dans 61,2 %. Son écart de formulation reste pourtant sous la médiane du panel. La mesure compare la composition des procédés d’un média à celle du corpus, et celle de Marianne est ordinaire : le journal fait ce que fait la presse française, plus souvent. Le volume de langue chargée et une signature rhétorique distinctive sont deux propriétés différentes.

Fdesouche : distinctif sur les deux

Le média le plus extrême sur les deux axes. 72,6 % des titres portent un procédé et 82,1 % relèvent d’une forte charge ; l’attribution de responsabilité apparaît dans 54,0 % contre 13,6 % pour le corpus, le cadrage de menace dans 31,8 % contre 8,5 %. Sa sélection est tout aussi concentrée : 58 % de ses titres relèvent de CRIME, contre 14,4 % dans le corpus. Les deux opérations se renforcent au lieu de se substituer. Tous les résultats de cette page ont été recalculés sans lui : la corrélation entre les axes passe de 0,74 à 0,69 et rien d’autre ne change.

Ouest-France : le bas de l’échelle, et ce qui le produit

Un procédé apparaît dans 7,2 % de ses titres contre 34,6 % pour le corpus, et 4,6 % relèvent d’une forte charge — les deux plus bas du panel, de loin. C’est ici que la mesure demande à être expliquée plutôt que célébrée. Ouest-France publie à très gros volume dans un registre de brève régionale compressée, et 40 % de ses titres tombent dans OTHER, la catégorie résiduelle. Une partie de l’écart tient au style éditorial ; une autre à un format de titre court rencontrant un classifieur entraîné surtout sur des titres de desks nationaux. À lire comme « ces titres ne ressemblent pas au reste du panel », pas comme un résultat sur la retenue.

Slate.fr et Causeur : formulation chargée, agenda qui ne l’est pas

Les deux sont distinctifs sur la formulation et mènent des agendas modérés au regard de leur écriture. Causeur emploie un vocabulaire évaluatif dans 45,6 % de ses titres contre 17,0 % pour le corpus — le taux le plus élevé du panel — alors que 30,4 % de ses titres relèvent d’une forte charge. Slate.fr formule 49,6 % et sélectionne à forte charge dans 23,1 % ; son taux d’attribution de responsabilité, 7,3 %, vaut environ la moitié de la moyenne du corpus. Une formulation forte sur un agenda modéré est l’inverse de Fdesouche, et reste invisible à tout score unique. Les deux sont de petite taille : 3 056 et 3 907 titres.

Intensité de cadrage et position politique

Ces 25 médias figurent aussi sur l’échelle idéologique de ce laboratoire, qui les place sur un axe gauche–droite à partir de preuves indépendantes. Croiser les deux répond à une question que cette page appellera de toute façon : un camp cadre-t-il plus fort que l’autre ?

Non. La position d’un média sur l’axe gauche–droite n’explique presque rien de la fréquence à laquelle ses titres portent un procédé — la corrélation est de −0,03. Sa distance au centre en explique une bonne part, à 0,67. Les médias qui cadrent le plus fort se tiennent aux deux extrémités : L’Humanité, Mediapart et Blast d’un côté, Fdesouche, Causeur et Valeurs actuelles de l’autre. Ceux qui sont les plus proches du centre de l’échelle idéologique comptent parmi les moins distinctifs sur celle-ci.

Deux mesures, 25 médias, une corrélation descriptive — pas une affirmation causale. Les deux échelles partagent un type d’entrée : l’échelle idéologique lit le vocabulaire des articles et cet audit lit la formulation des titres. Retirer cette composante partagée de l’échelle idéologique laisse le résultat inchangé, à 0,67.

-0.03
correlation with left–right position
+0.67
correlation with distance from the centre
0.015.731.447.162.878.5-2.9-1.9-0.80.31.32.4Ideology score (left ← → right)Headlines carrying a wording device (%)Le FigaroOuest-FranceL'HumanitéFdesoucheValeurs actuellesMediapart
Distinctifs sur les deuxFormulation distinctiveAgenda distinctifProches de la moyenne du panelPoint size: headlines behind the estimate

En abscisse : score idéologique. En ordonnée : part des titres portant un procédé de formulation.

Profils par média

Tous les médias du panel, avec les taux qui sous-tendent leur position sur la carte.

Per-outlet framing rates, 25 French national outlets, 2022 to 2025
Forme de sujet dominante
Corpus average902 11134.631.317.013.68.55.65.3
Le Figaro108 30733.231.216.214.08.44.04.9OTHER 25%Proches de la moyenne du panel
Le Parisien93 87740.343.820.219.08.94.64.5CRIME 25%Proches de la moyenne du panel
Ouest-France90 4237.24.63.91.21.51.60.6OTHER 40%Distinctifs sur les deux
Franceinfo83 57431.728.413.810.48.96.14.7SOCIAL 25%Proches de la moyenne du panel
20 Minutes62 83239.142.612.819.58.97.93.7CRIME 27%Formulation distinctive
BFMTV57 61729.940.810.116.07.72.93.8CRIME 29%Formulation distinctive
Les Echos55 69424.210.415.93.45.94.21.9OTHER 32%Distinctifs sur les deux
TF1 INFO44 01438.329.615.98.510.013.72.7SOCIAL 29%Formulation distinctive
Le Monde39 01737.228.320.013.39.13.37.1SOCIAL 24%Proches de la moyenne du panel
La Croix35 98029.323.014.48.57.34.74.4OTHER 23%Proches de la moyenne du panel
Libération33 92145.734.526.716.18.87.29.3SOCIAL 20%Proches de la moyenne du panel
Le Point32 52240.229.323.510.98.78.95.4SOCIAL 18%Proches de la moyenne du panel
CNews27 25238.543.116.319.212.04.77.5CRIME 25%Proches de la moyenne du panel
L'Humanité17 91149.933.230.917.29.28.915.2SOCIAL 26%Agenda distinctif
Le HuffPost17 73737.431.216.417.26.77.25.6POLICY 16%Proches de la moyenne du panel
JDD17 59841.935.924.218.011.05.89.8POLICY 17%Agenda distinctif
Le Nouvel Obs17 51742.234.521.815.48.68.17.7SOCIAL 22%Proches de la moyenne du panel
Fdesouche16 12472.682.133.354.031.81.421.4CRIME 58%Distinctifs sur les deux
Valeurs actuelles14 28652.054.625.928.415.43.511.2CRIME 29%Distinctifs sur les deux
L'Express11 79545.127.529.19.911.310.86.2SOCIAL 23%Distinctifs sur les deux
Marianne9 41261.241.941.920.810.614.214.3SOCIAL 19%Agenda distinctif
Mediapart7 09258.848.737.326.910.53.614.5SOCIAL 18%Distinctifs sur les deux
Slate.fr3 90749.623.123.37.310.922.84.1SOCIAL 48%Distinctifs sur les deux
Causeur3 05659.130.445.69.310.414.811.7ELITE 35%Distinctifs sur les deux
Blastcase profile64667.357.956.231.717.02.621.8SCANDAL 21%Distinctifs sur les deux

* Supplementary fields. The interrogative field is close to a punctuation count and us-vs-them falls below its precision floor; no finding on this page rests on either. Les taux sont des estimations de classifieur portant sur les seuls titres, rubriques Politique, Économie et Société, 2022–2025, et constituent des bornes supérieures. Ils décrivent la production de titres d’un média par rapport aux 24 autres. Ils ne disent rien de l’exactitude, de la rigueur ou de la bonne foi de son journalisme.

Comment mal lire ces chiffres

Six phrases que cet audit ne permet pas.

Le Parisien cadre plus que Le Monde.

43,8 % des titres du Parisien relèvent de sujets à forte charge, contre 28,3 % pour Le Monde.

« Cadrer plus » n’est pas une quantité que mesure cet audit. Il y a deux dimensions, et elles peuvent pointer en sens opposés pour le même couple. Précisez laquelle.

Les médias proches du centre de la carte sont neutres.

Les médias proches du centre sont typiques de ce panel de 25.

Le centre est la moyenne du panel, et un procédé apparaît dans plus d’un tiers de l’ensemble de ses titres. Il n’existe pas de point neutre sur cette carte.

La droite cadre plus que la gauche.

Les médias éloignés du centre — dans un sens comme dans l’autre — cadrent plus que ceux qui en sont proches.

Le camp auquel appartient un média n’est pas corrélé à la fréquence des procédés dans ses titres. C’est la distance au centre qui suit.

Blast est le média le plus chargé de France.

Rien. Blast pèse 646 titres et constitue une étude de cas.

Son intervalle sur n’importe quel taux fait plusieurs points de large, et il est deux ordres de grandeur plus petit que les plus gros médias du panel. Les petits médias sont le mauvais endroit où tirer des comparaisons.

34,6 % des titres français contiennent une langue chargée.

Jusqu’à 34,6 % des titres de ce corpus portent au moins un des procédés mesurés.

Trois corrections : c’est une borne supérieure, la langue chargée est un procédé parmi d’autres et non leur ensemble, et le corpus compte 25 médias sur trois rubriques, pas la presse française.

Les titres mentionnant les musulmans sont plus hostiles.

Les titres mentionnant les musulmans relèvent plus souvent de sujets criminels et sécuritaires, et portent des procédés à un taux supérieur à la moyenne du corpus.

La mesure ne comporte ni terme d’hostilité ni cible. La couverture d’une attaque contre un groupe et une couverture attaquant ce groupe obtiennent le même score.

Il s’agit d’un audit de titres. Il ne lit pas le corps des articles et ne sait pas si un titre correspond au texte qu’il coiffe. Il ne voit pas non plus les sujets qu’un média a choisi de ne pas traiter — il observe ce qui a été publié, ce qui est plus étroit qu’un agenda.

Questions

Est-ce un score de biais médiatique ?

Non. Il mesure deux propriétés de la production de titres — quelles formes de sujets un média publie, et quels procédés de formulation y apparaissent — par rapport à la moyenne des autres médias du panel. Rien n’y suit l’exactitude, rien n’y suit une position gauche–droite. Un média peut être très éloigné de la moyenne du panel dans un sens ou dans l’autre et être parfaitement exact.

Pourquoi les titres plutôt que les articles entiers ?

Parce que le titre est l’endroit où la plupart des gens rencontrent un sujet, et parce qu’un titre est un artefact éditorial complet, mesurable de façon cohérente à cette échelle. Le coût est réel : l’audit ne voit pas le cadrage dans le corps des articles, et ne peut pas récupérer le contexte qui dirait si une formulation chargée est celle du média ou d’une source citée.

Pourquoi tel média n’y figure-t-il pas ?

Le panel réunit 25 médias nationaux choisis pour leur audience, leur diversité de format et leur amplitude idéologique, sur les seules rubriques Politique, Économie et Société. En ajouter un ne revient pas à ajouter une ligne : les deux axes sont des distances à la moyenne du panel, donc un nouveau média change la référence et toutes les positions bougent.

La liste de vocabulaire n’est-elle pas elle-même un choix politique ?

Les définitions des procédés le sont, et le lexique des groupes aussi. Les deux sont publiés intégralement pour que ces choix puissent être discutés plutôt que devinés. Deux annotatrices indépendantes appliquant ces définitions ont divergé sur 46,5 % des titres, ce qui constitue la preuve la plus directe de leur caractère discutable.

Puis-je utiliser ces données ?

Les tables dérivées sont sous CC BY 4.0. Deux points à vérifier d’abord : le classifieur privilégie le rappel, donc les taux du corpus sont des bornes supérieures plutôt que des estimations ponctuelles, et les têtes vocabulaire chargé et nous/eux passent sous les seuils de précision qui leur avaient été fixés. L’article donne les estimations par procédé.

Citation

@inproceedings{sobhy2026framing,
  title     = {Framing by Wording, Framing by Selection: A Large-Scale
               Two-Dimensional Audit of French News Headlines, 2022--2025},
  author    = {Sobhy, Amr},
  booktitle = {Proceedings of the 9th International Conference on Natural
               Language and Speech Processing (ICNLSP 2026)},
  year      = {2026},
  address   = {Trento, Italy},
  note      = {Accepted for oral presentation. To appear.},
}

Accepté en communication orale à ICNLSP 2026, Trente. La citation sera mise à jour dès que la version définitive sera arrêtée.

Ce travail a été soutenu par

AWS

Contact

Pour des questions de recherche, des collaborations ou des demandes médias.

Amr Sobhy